TEKARAQIT
Les Européens sont souvent étonnés et séduits par le comportement
des Touaregs qu’ils rencontrent lors de leurs séjours en pays touareg.
La retenue, la réserve, l’extrême attention portée aux autres ne
sont pas si fréquents en Europe. Le silence observé, la distance prise dans les
premiers rapports, une absence
d’extériorisation des sentiments quels qu’ils soient, sont des comportements
qui ne sont pas souvent de mise en Europe.
Les relations créées,
même sur une courte période, sont presque toujours très appréciées. Or ces
comportements vécus lors d’un bref séjour sont issus d’une culture et d’une
tradition fortement ancrées encore de nos jours.
En effet, les Touaregs
observent dans les relations entre eux, que ce soit entre jeunes gens, entre
jeunes et personnes plus âgées ou entre parents, des règles de comportement
précises et strictes qui définissent une véritable éthique des relations sociales.
TEKARAQUIT veut dire
littéralement "pudeur", "retenue". On peut dire d’une
personne qu’elle ne "possède pas tékaraqit" ("wirila
tékaraqit") lorsque son comportement n’est pas conforme aux règles
définies. Nous avons constaté au Niger que ces règles sont aujourd’hui encore
respectées pour l’essentiel y compris dans les lieux de sédentarisation.
Les observations qui
suivent ont été faites chez les Inesleman ("lettrés") de la
Confédération des Iullemmeden kel Dinnik au Niger ; si elles
restent, pour l’essentiel, applicables à l’ensemble des Touaregs, elles
trouvent, selon les catégories sociales et les régions, de nombreuses
variantes.
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Jeunes
gens en présence d’une personne plus âgée
Si entre eux des jeunes
gens peuvent être bruyants, faire des gestes, parler fort, ils changent de
comportement en présence d’une personne plus âgée et ce par respect pour elle;
ils ne prennent que peu la parole, ne répondent à une question posée que très
brièvement, tiennent la tête baissée et, au cas où ils porteraient le voile, le
maintiennent relevé, et s’assoient légèrement en retrait.
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Relations
avec les beaux-parents
(beau-père : adagal -
belle-mère : tadagalt)
L’homme (ou la femme )
marque une grande déférence en marquant ses distances avec ses beaux-parents; dans
les premiers temps surtout, il ne parle pas ou très peu, baisse la tête et
détourne légèrement son regard pour ne pas croiser le leur; cette attitude
pourrait manifester le souci de maintenir un certain ordre dans les relations
sociales et familiales et éviter ainsi les conflits qui peuvent résulter des
tensions familiales…
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Enfants en
présence de leurs parents
Si en Europe il est
fréquent d’entendre dire par un père ou une mère à ses enfants
"regarde-moi dans les yeux quand je te parle !", cette attitude
n’est pas concevable dans la société touarègue ; quand un père, par
exemple, parle à son enfant, celui-ci garde les yeux baissés et signifie par là
tout le respect dû à son père.
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Relations
entre cousins croisés
(abobaz,
pluriel : ibobazen )
Il s’agit des enfants,
filles ou garçons, d’un frère et d’une sœur. Ces relations permettent, à
l’opposé des rapports réservés décrits ci-dessus, toutes les libertés entre
partenaires : insolences, plaisanteries très marquées, confiscation
d’objets : tout est permis et malheur à celui ou celle qui n’a pas la
répartie facile !
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Relations
entre époux
Elles sont extrêmement
discrètes en public : les époux restent distants l’un de l’autre, ne se prennent
ni par le bras, ni par la main, ne s’appellent pas par leur nom. Si le mari,
par exemple, revient d’un long voyage et vient au-devant de sa famille réunie,
il est inconcevable que devant les autres, il aille vers sa femme pour
l’embrasser, voire la saluer : un regard furtif a alors une charge aussi
forte que bien des manifestations extérieures. Ce comportement semble surtout
marquer le respect de l’indépendance de chacun : il ne faut rien laisser
apparaître qui puisse, aux yeux des autres, être interprété comme une
dépendance ou une appartenance.
(Extrait de ISALAN N° 7 - Mars 2003 -)