UNE
NAISSANCE A ABALAK
Une petite fille est née pendant notre séjour dans
la famille à Abalak et nous avons pu assister, sept jours après sa naissance, à
la "cérémonie du nom" (Ismawan en tamacheq) qui dure une journée
et qui est composée de divers rituels traditionnels propres aux Kel Eghlal.
Pour ceux qui aimeraient mieux connaître cette cérémonie, nous donnons ci-après
une rapide description des rituels pratiqués.
Sept jours après la naissance le nouveau né reçoit
un nom. La cérémonie a lieu dans la famille de la mère de l’enfant et dure une
journée.
En raison d’un décès, survenu la semaine précédente,
la cérémonie s’est faite plus discrètement que d’habitude. Ce sont les femmes qui vont accomplir dans
cette journée toute une série de petits rituels tous centrés sur le corps du
nouveau né.
1er RITUEL :
ALWALLA
(littéralement les ablutions)
C’est le bain purificateur du nouveau né. Dans une
petite cuvette contenant l’eau du bain une femme trempe son collier et ses
grandes boucles d’oreille (en argent) ; elle y ajoute sept crottes de
chameau et sept crottes de chèvres. L’enfant est placé debout dans une autre
cuvette et on fait couler l’eau très doucement sur lui en insistant particulièrement
sur la bouche, les oreilles, le nez et l’anus.
Après un temps de repos commence le 2ème rituel.
2ème
RITUEL : IFERWANE
(littéralement
les pagnes)
Sept femmes, dont le premier né a été un garçon,
s’assoient en tailleur en cercle : chacune tend entre les mains son pagne; d’un geste doux et précis chacune
bascule le nouveau né dans le pagne de sa voisine ; le bébé fait ainsi
sept tours de gauche à droite.
3ème RITUEL : IJIBJIAN
Une femme, avec un bout de son voile, prend les
mesures de la tête de l’enfant, lui noue le pagne sur la tête en lui moulant le
crâne avec le tissu et en l’attachant dans la nuque avec un bout de ficelle; le
moule en tissu ainsi obtenu est rempli d’abord avec du mil, puis avec des
dattes et enfin avec des feuilles de tabac ; l’ensemble est distribué à
toutes les femmes présentes qui elles mêmes en donneront à leurs proches ;
les femmes présentes mâchent des dattes et s’en appliquent au milieu du front,
sur les deux joues et au bout du nez.
Anne Ève et Joëlle en ont bénéficié.
4ème
RITUEL : EGOUIJI
(littéralement
coupe d’une mèche de cheveux)
C’est la première coupe de cheveux ; une petite
touffe de cheveux est coupée au-dessus des tempes ; le mère de
l’enfant enferme cette petite touffe
dans un petit sac qu’elle va cacher dans la maison.
5ème
RITUEL : CHIGIYAZ
(littéralement petites
incisions)
Avec une lame de rasoir une femme pratique de
très légères incisions verticales
(presque symboliques) sur différentes parties du corps du nouveau né : tempes,
épaules, coudes, poignets, les deux côtés du nombril, omoplates, reins, genoux.
6ème
RITUEL : ADALAG (littéralement
l’ornement)
On applique sur le haut du front et sur le devant du
crâne de l’enfant, à l’aide d’une paille, un dessin représentant deux
triangles. Ce dessin est fait à l’aide d’un mélange de khôl et de moelle
(provenant d’un os du mouton qui vient d’être tué pour la cérémonie)
Bien que la cérémonie porte le nom ISMAWAN,
le nom du nouveau né lui a été attribué au plus tard la veille. Ce nom est
prononcé au moment où le mouton est sacrifié.
Une très belle cérémonie faite avec beaucoup d’amour
et de sérénité.
(Extrait de Isalan n°1 – mars 2000-)